Récupérer et stocker l’eau de pluie — une réserve contre la sécheresse

La sécheresse ne prévient pas, et elle frappe pile quand le jardin réclame le plus à boire. On peut la subir, ou prendre les devants : mettre l’eau de côté tant qu’elle tombe, pour en avoir le jour où le ciel se ferme. Rien d’anxiogène là-dedans — au contraire, il y a une vraie tranquillité à regarder pleuvoir en sachant qu’on remplit ses réserves. Les agronomes de 1835 avaient sur ce point un savoir-faire précis : réunir l’eau dans un bassin, la garder, la laisser redescendre au bon moment. Voici ce qu’ils décrivaient, et comment on le refait chez soi aujourd’hui.

Ce que décrit le traité de 1835

Le traité part d’un problème familier : un filet d’eau trop faible se perd avant d’atteindre les plantes. Sa réponse est le réservoir.

On remédie à cet inconvénient par le moyen d’un réservoir dans lequel se rassemble l’eau de source et les eaux pluviales des terrains supérieurs. […] Le fond et les parois doivent en être imperméables.

— La Maison rustique du XIXe siècle, tome 1 (1835), chapitre des irrigations

Autrement dit : on ne laisse pas l’eau filer, on la collecte et on l’accumule jusqu’à en avoir une quantité utile, qu’on relâche ensuite d’un coup pour arroser convenablement une partie du pré.

Le principe, concrètement

Trois idées portent tout le dispositif.

D’abord, la position. Le bassin se place en hauteur, sur les terrains supérieurs, pour que l’eau redescende ensuite d’elle-même vers les cultures, sans pompe. Le traité note d’ailleurs que ces réservoirs « ne conviennent pas dans les lieux qui ont très-peu d’inclinaison » : c’est la pente qui fait le travail.

Ensuite, l’étanchéité. Le fond et les parois doivent retenir l’eau. Là où l’on ne dispose ni de maçonnerie ni de pierre, on façonne un talus de terre battue — un pisé — qu’on tasse énergiquement pour le rendre imperméable :

Lorsque la localité permet que le réservoir soit enfoncé dans la terre au niveau du sol, le mur devient inutile. […] on forme dans l’intérieur un talus de terre battue, dont la base est à peu près égale à la hauteur.

— La Maison rustique du XIXe siècle, tome 1 (1835)

Enfin, la gestion du niveau. Une fois plein, le bassin doit pouvoir déborder sans se rompre, et se vider sur commande. Le traité prévoit les deux : une rigole de trop-plein taillée dans les bords gazonnés, et une bonde au fond — un tronc percé, fermé de l’intérieur par un tampon — qu’on ouvre pour lâcher l’eau. La distribution se fait alors par des rigoles à pente douce, très ménagée : trop forte, elle ravine ; trop faible, l’eau stagne.

Ce que ça change face à la sécheresse

  • On stocke quand il y en a, pour disposer quand il n’y en a plus : la réserve découple le moment où l’eau tombe de celui où l’on arrose.
  • On s’affranchit de l’énergie : l’eau placée haut se distribue par gravité, sans pompe ni réseau.
  • On lisse les à-coups : une sécheresse — comme une pluie brutale — se gère mieux quand on a un tampon entre le ciel et le sol.

C’est exactement la logique d’anticipation des perturbations : mettre en réserve aujourd’hui la ressource qui manquera demain.

Comment on ferait aujourd’hui

Le principe reste juste ; c’est l’échelle qui a changé. Le traité raisonne en grands bassins de vallon alimentés par une source — or, aujourd’hui, ce niveau-là est réglementé. Créer une retenue, un plan d’eau ou un barrage de vallon relève de la déclaration ou de l’autorisation au titre de la loi sur l’eau ; le captage d’une source est encadré ; et le Code civil interdit d’aggraver l’écoulement des eaux chez le voisin. On ne creuse donc pas un réservoir à ciel ouvert sur un coup de tête.

À l’échelle domestique, en revanche, tout est libre et sûr — et le principe de 1835 se transpose presque tel quel. On collecte l’eau des toitures (et non plus d’un versant entier) dans un récupérateur relié à la gouttière, ou dans une citerne enterrée pour de plus gros volumes. L’étanchéité, jadis obtenue au pisé, est aujourd’hui assurée par la cuve elle-même (polyéthylène, béton). Le trop-plein se raccorde pour évacuer proprement le surplus, et la distribution se fait toujours par gravité si l’on surélève un peu la cuve. Pour toute retenue en pleine terre, en revanche, on se réfère à la réglementation avant de creuser.

Pour aller plus loin


Cette page synthétise une source ancienne du domaine public — La Maison rustique du XIXe siècle, tome 1 (1835) — relue et corrigée à la lumière des pratiques actuelles. Pour aller plus loin, voir les pages liées.